Dimanche dernier, à la fin de la messe de 11h, je vous souhaitais une « Bonne Année » avec des mots peu habituels qui ont pu surprendre certains d’entre vous. Je voudrais préciser ici le sens de ces vœux. En effet, je vous souhaite, pour cette nouvelle année, que tout ne se passe pas comme vous le voulez… Habituellement, lorsque nous souhaitons le meilleur pour une personne, nous lui disons : « Que tout se passe pour toi comme tu le veux, que tous tes désirs se réalisent ». Mais souhaiter cela, n’est-ce pas très réducteur au fond ? N’est-ce pas réduire la vie à la mesure de notre volonté personnelle, de ce que nous avons programmé, calculé, planifié ? Une vie dans laquelle nos rêves se réaliseraient, est-ce cela la vraie vie ? Et est-ce seulement souhaitable ?
Bien sûr, nous souhaitons tous plus de justice et de paix pour notre monde ; bien entendu, nous ne souhaitons pas que nos proches soient frappés par la maladie ou le deuil. Bien sûr, ce n’est pas cela que je remets en cause. Mais souhaiter à ceux que l’on aime autre chose que la réalisation de leurs rêves, c’est croire que la vie est plus grande que ce que nous en attendons, c’est accepter de se laisser surprendre, c’est rester ouvert à l’imprévu. Car Dieu ne vient pas réaliser nos rêves. Il n’est pas ce Père Noël qui viendrait combler nos attentes.
Alors non, je ne vous souhaite pas que tous vos désirs se réalisent, je ne vous souhaite pas que tout se passe comme vous l’avez prévu ; mais je vous souhaite de vous ouvrir à la volonté plus grande de Dieu, je vous souhaite d’accueillir la vie comme elle vient. Je vous souhaite de consentir à ce que vous n’avez pas prévu, de vous laisser surprendre par l’inattendu. Cela nécessite une certaine souplesse intérieure ; cela demande de ne pas se raidir lorsque la tournure des événements nous déroute. Nous le savons bien, quand souffle la tempête, ce sont les arbres les plus souples qui tiennent bon alors que les troncs trop raides cassent sous la force du vent. Il me semble que le meilleur que l’on puisse se souhaiter, ce n’est pas que le vent souffle toujours dans le sens qui nous convient, mais plutôt que nous trouvions les ressources pour affronter le vent, quelle que soit sa direction.
Chaque fois que nous prions le Notre Père, nous demandons à Dieu « Que ta volonté soit faite » : peut-être faudrait-il enfin prendre au sérieux ces mots et accepter que la volonté de Dieu – qui nous déroute souvent – soit autre chose que la réalisation de nos rêves et de nos projets, mais nous entraîne sur un chemin bien plus grand, vers un horizon bien plus vaste. Peut-être faudrait-il enfin, chercher où souffle le Saint Esprit dans nos vies et vers où il nous entraîne, plutôt que de prétendre savoir mieux que Dieu ce qui nous conviendrait. Peut-être pourrions-nous enfin, accepter de ne pas savoir à l’avance où Dieu nous conduit, et le suivre vraiment.
Bonne année à tous !
Pierre-Alain Lejeune