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L’edito n°742-743 ‘Noël ou garder les pieds sur terre’

Publié le 19 décembre 2025

                    Le mystère que nous célébrons ces jours-ci n’a rien, mais absolument rien d’un conte merveilleux que l’on raconterait aux enfants pour les distraire un instant, façon Walt Disney. C’est même tout l’inverse : lorsque le Verbe se fait chair, il nous ramène au réel de notre vie, de notre condition incarnée. Lorsque le ciel se penche sur la terre – comme nous le chanterons ces jours-ci – ce n’est pas pour nous inviter à fuir la terre, mais bien au contraire pour nous y ramener, pour nous guérir de toute tentation d’évasion. Beaucoup entretiennent l’idée d’un dieu Walt Disney plein de bons sentiments pour s’évader de ce monde trop dur ; quant à nous, nous croyons en un Dieu qui nous rejoint dans le réel de notre humanité.  

                A la crèche, tous les regards s’abaissent vers un enfant couché sur la paille, et nous retrouvons en lui ce que nous sommes réellement, dans notre fragilité originelle. En Jésus, nous sommes invités à redécouvrir la beauté de notre condition humaine, à la vivre vraiment puisque Dieu lui-même a voulu l’épouser, à l’habiter pleinement. La grande tentation de notre époque est la fuite du réel. Le virtuel prend le pas sur les relations réelles ; nos villes bétonnées, nos maisons à air conditionné et aseptisé, les avions qui font le tour du monde en quelques heures, tout cela nous fait perdre le contact avec la terre. Nous vivons hors sol… Faites ce test vous-mêmes : qui est capable de dire si, en ce moment, la lune est croissante ou décroissante ? Si vous pouvez répondre à cette question (sans regarder l’application météo de votre smartphone…), c’est que vous n’avez pas totalement perdu le contact avec la Création. Car étrangement, c’est de regarder le ciel qui nous aide à habiter pleinement notre terre. 

                Ces jours-ci, un exemple illustre magistralement cela. Nos agriculteurs hurlent leur désespoir devant la menace d’abattage de leurs troupeaux. Et nous découvrons avec étonnement que les compensations financières ne les consolent en rien… L’opinion publique découvre avec surprise que nos paysans sont attachés à leurs bêtes ; que pour eux, l’élevage n’est pas d’abord une activité industrielle et mécanique. Je ne suis pas qualifié pour dire quelle est la bonne solution pour enrayer une épidémie bovine mais je note simplement cette bonne nouvelle : nos agriculteurs gardent ce lien essentiel au vivant, ils gardent les pieds sur terre et résistent à la virtualisation du lien à leurs bêtes. 

                Vous cherchez peut-être le rapport entre la crise bovine et la fête de Noël ? C’est que Noël nous ramène vers le monde humain et vers la Création tout entière : le sang, la paille, l’odeur des bêtes, le froid d’une nuit d’hiver et les mains caleuses des bergers. Le Dieu fait homme nous ramène à la réalité de notre condition incarnée, de la naissance à la mort. C’est pour cette raison qu’une crèche vaudra toujours infiniment plus qu’un Père Noël, et une vie réelle infiniment plus qu’un conte de fée…

Père Pierre-Alain Lejeune

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