Dans les Évangiles, il y a deux principaux passages où Jésus est désigné comme Roi : dans la crèche où il reçoit l’hommage des nations (Mt 2, 2), et sur la croix où l’écriteau de Pilate mentionne « le Roi des Juifs » (Mt 27, 37). Cette royauté est humble et outragée. Du haut de la Croix, Il règne !
Le Christ porte les trois titres de prophète, de prêtre et de roi, et aucune de ces trois qualités ne peut se comprendre séparément. Comme prophète, le Christ annonce la bonne nouvelle du Salut. Il est lui-même le mystère qu’il prêche, Dieu sauve, c’est son nom. Il est le dernier mot de Dieu.
Comme prêtre, le Christ réalise ce qu’il annonce, il donne en toute réalité ce qu’il révèle. Sur l’autel de la croix où il célèbre le sacrifice de lui-même, il laisse s’écouler de son côté l’eau et le sang de la nouvelle et éternelle alliance. Le prêtre donne ce que le prophète a annoncé.
De là va naître la communauté chrétienne, peuple réuni par la foi en cette parole et par la charité de Dieu. Et cette communauté est en pèlerinage sur terre. Elle doit accomplir – riche de tous ces dons – un long exode en ce monde. Elle doit par sa vie donner tout son retentissement à cette parole et toute sa fécondité à ce sacrifice. Et c’est pour cela qu’elle est conduite par le Christ-Roi. Il la dirige, lui qui est la Tête et elle qui est son Corps, pour que toute la vie personnelle et communautaire des hommes s’achemine vers la Jérusalem glorieuse, son terme ultime et éternel.
De quelque façon, tout ce que nous disons du Christ doit être dit aussi des chrétiens. Le prophétisme chrétien, c’est le rayonnement de la foi par la parole et par l’exemple. Le sacerdoce chrétien, c’est l’offrande de soi-même à Dieu dans le sacrifice du chef, l’Eucharistie étant l’unique sacrifice de la Tête et du Corps. Une royauté chrétienne sera dès lors, en ce monde, ce service de la foi et de la charité qui oriente toute la vie personnelle et communautaire vers la vie éternelle. Cette royauté sera bien souvent humble et bafouée comme le fut celle du Christ, mais même humiliée au dernier degré, elle restera la royauté qui seule permet aux dons de Dieu de nous faire parvenir au salut. C’est sur la croix que le Christ scelle l’alliance nouvelle et éternelle, et c’est sur la croix du chrétien qu’il manifeste sa qualité royale.
Cette royauté du Christ et des chrétiens n’a donc rien de ces royautés terrestres dégénérées dans l’autoritarisme, l’orgueil et la vanité, coupées qu’elles sont de l’authentique service de la vérité et de l’amour. L’authentique royauté, celle qui ne passera pas, est celle qui donne à nos vies personnelles et à notre vie communautaire, sociale comme ecclésiale, toute son orientation, la vraie fécondité de la foi et de la charité. Elle dirige vers la gloire éternelle qui est celle du Christ-Roi auprès du Père. La gloire éternelle promise aux fils de roi que nous sommes.
Père Clément Barré