Depuis quelques années, nous retrouvons une plus grande facilité à parler du ciel. Ce thème du paradis était passé sous silence depuis un bon demi-siècle par crainte, sans doute, de donner l’impression de fuir ce monde et ses défis. Cela a certainement été nécessaire à une époque où l’Église et le message chrétien pouvaient être perçus comme trop éloignés de la vie quotidienne. Mais à trop oublier l’au-delà, on perd la profondeur du présent ; à trop oublier la vie éternelle, on perd la saveur de cette vie ; à oublier le ciel, on perd aussi la terre… L’itinérance, qui est notre condition en cette vie, devient une errance lorsqu’elle n’est plus orientée vers un horizon. Depuis quelques décennies, nous avions la vue basse… Et sans cette boussole fondamentale, ce monde et cette vie deviennent absurdes. Mais les temps changent et les très nombreux jeunes qui s’approchent aujourd’hui de l’Église expriment avec leurs mots leur désir de Dieu et de vie éternelle. Ils n’expriment pas de petits désirs à taille humaine ; ce qu’ils veulent, c’est le ciel ! Rien de moins… Le ciel sans fuir la terre. La vie éternelle pour vraiment aimer cette vie passagère. La terre retrouvée grâce à la lumière du ciel.
La fête de la Toussaint nous aide à prendre cette hauteur de vue. Nous sommes pèlerins sur cette terre mais nous sommes faits pour le ciel. Notre centre de gravité n’est pas sur la terre mais au ciel, dans le cœur de Dieu. Comme il est beau le pays vers lequel nous allons ! Dans cette marche qui est la nôtre, les saints et les saintes qui sont déjà parvenus au terme du voyage, nous aident grandement. Ils nous aident de deux manières. D’abord par l’exemple de leur vie. Chaque saint à sa façon, et de manière unique, laisse passer un peu de la lumière de Dieu. Car c’est cela la sainteté : la lumière de Dieu diffractée à travers une vie humaine. En contemplant la vie des saints, c’est l’œuvre de Dieu qui nous illumine. Les saints et les saintes nous aident aussi par leur prière. Nous leur demandons de prier pour nous car nous savons que nous sommes unis à eux, dans la communion que Dieu crée entre eux et nous : la communion des saints. Nous sommes de la même Église, de la même famille : eux, déjà parvenus au pays auquel nous aspirons ; nous, encore en marche vers notre patrie véritable. Et leur prière est d’un puissant secours pour nous.
Si cette vie vous semble trop rude ou trop vide de sens, tournez votre regard vers le ciel et contemplez le beau pays vers lequel nous allons. Car ce pays est bien plus qu’un pays. Ce pays, c’est Quelqu’un qui nous appelle et nous espère. Et tout ce que nous vivons ici-bas, tous les combats de cette vie, toutes les joies, et toutes les larmes aussi, prennent une autre mesure à la lumière de cette espérance.
Pierre-Alain Lejeune