
Cette année, le calendrier fait coïncider la fête de la Croix Glorieuse avec un dimanche. Si bien que cette fête, qui passe souvent inaperçue dans l’année liturgique, se trouve projetée cette année dans la lumière de la messe dominicale ! Le 14 septembre arrive 40 jours après la fête de la Transfiguration célébrée le 6 août. C’est comme un carême estival et il serait bon d’en retrouver toute la signification et la beauté. Sur la montagne de la Transfiguration, les apôtres ont vu le visage transfiguré de Jésus, comme une anticipation de sa résurrection, une révélation de son identité profonde. 40 jours plus tard, nous fêtons la « Croix glorieuse ». Étrange expression à vrai dire car ces deux mots – croix et gloire – ne semblent pas vraiment aller ensemble. Leur rapprochement forme comme un court-circuit. La croix est un objet de torture, le Christ en croix est réduit à la plus extrême impuissance, broyé par la violence des hommes. Il est celui dont on détourne le regard. Comment la croix peut-elle être qualifiée de glorieuse ?
Pour entendre cela, il faut redécouvrir le sens du mot « gloire ». Car dans le sens courant, la gloire, celle que nous cherchons souvent, est plutôt de l’ordre d’une façade, du paraître, de l’image que nous voulons donner de nous pour nous attirer les regards et les éloges. La gloire de ce monde, c’est la gloriole après laquelle courent ceux qui recherchent les honneurs. L’actualité récente illustre une fois de plus que, si l’engagement politique devrait toujours être motivé par le désir de servir le Bien Commun, bien souvent viennent s’y mêler l’ego, la recherche de soi-même et la soif de pouvoir. Ce que l’on appelle la vaine gloire…
La Gloire de Dieu c’est exactement le contraire : non pas un paravent mensonger, non pas une façade de spot publicitaire, mais la révélation de l’être profond, la manifestation en pleine lumière de celui qui est glorifié. « Père, glorifie ton Fils afin que le Fils te glorifie » (Jn 17,1). Lorsque Jésus prie avec ces mots, c’est ainsi qu’il faut l’entendre : « Père, révèle au monde qui je suis afin que je révèle au monde qui Tu es ». La Gloire de Dieu, c’est la manifestation de son être, de ce qu’il est de toute éternité. Et si certains ont du mal avec l’expression de la gloire attribuée à Dieu qui revient très souvent dans la liturgie, c’est qu’ils n’entendent ce mot que dans le sens pompeux de la vaine gloire que recherchent les hommes.
La croix est glorieuse car elle révèle l’amour infini de Dieu manifesté en Jésus Christ. Il nous est difficile de regarder la croix car c’est un homme torturé à mort que nous contemplons. Dieu a voulu se révéler à nous à travers ce que personne ne désire, à travers ce qui nous rebute et nous fait fuir : la souffrance et la mort. Il ne se manifeste pas à nous à travers ce que nous désirons – l’argent, le pouvoir, la santé, le bien être – autant de réalités dont nous pouvons faire des idoles. Mais à travers ce qui nous fait peur afin de nous révéler sa Victoire définitive sur le péché et la mort. La gloire de la Croix c’est l’amour d’un Dieu qui a tant aimé le monde qu’Il nous a donné son Fils Unique.
Pierre-Alain Lejeune