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L’édito n° 664 : NOTRE FOI EST PLUS GRANDE QUE NOS OPINIONS

Publié le 21 juin 2024

Nombreux sont ceux qui, dans l’Église, vivent douloureusement cette période d’élections. Depuis longtemps déjà, les catholiques se sentent tiraillés, écartelés même, entre d’un côté l’appel à s’engager dans le monde, y compris en politique, et de l’autre l’impression assez pénible de n’être nulle part chez soi, nulle part en accord avec les programmes politiques de gauche comme de droite. Car la réalité, c’est qu’aucun parti, aucun candidat ne coche toutes les cases qui, au regard de notre foi, nous semblent essentielles : le respect de la vie du commencement à la fin, l’attention aux plus pauvres et aux plus fragiles, la protection de la création, l’accueil des réfugiés, la justice internationale entre pays du Nord et du Sud, la liberté religieuse, le primat de l’humain sur la logique financière, etc. Aucun candidat aujourd’hui ne répond positivement à tous ces critères. Le rejet de l’étranger est en contradiction frontale avec notre foi chrétienne ; l’idéologie du genre prêchée jusque dans l’école publique et le primat de l’ultra libéralisme – vrai moteur du projet de loi sur la fin de vie – le sont tout autant. Et chaque fois nous devons voter au « moins pire »…

Mais ce qui importe avant tout – et c’est mon âme de pasteur qui écrit cela – c’est de ne pas laisser le débat politique porter atteinte à l’unité de l’Église. L’Église n’est pas un groupement de personnes partageant les mêmes idées et les mêmes opinions politiques. Ce qui nous unit ce n’est pas un consensus sur un projet de société, ni même des valeurs. Ce qui nous unit, c’est le lien que Dieu crée entre nous et qui nous dépasse infiniment. Dans l’Église, il est possible d’être en profond désaccord sur bien des sujets, à la condition que nous soyons au clair sur ce qu’est l’Église. Or l’Église n’est pas un parti politique ni une ONG : elle est la communion de ceux qui se reconnaissent unis en Christ au-delà de ce qui les sépare. Nous sommes les membres d’un même corps et notre unité ne se construit pas autour d’un programme commun : elle est l’œuvre de Dieu en nous et entre nous.

Ces dernières semaines, des paroissiens de bords politiques opposés se sont réunis spontanément autour d’un verre pour débattre ; ils l’ont fait en partant de la conviction partagée qu’ils sont frères et sœurs en Christ et que cela doit primer sur tout le reste. Étymologiquement, « débattre » signifie : « ne pas se battre », dé-battre. Il s’agit de parler, de se parler pour déjouer le conflit. Il serait bon que nous ayons un peu plus de courage, dans l’Église, pour aborder entre nous les sujets sur lesquels nous sommes en désaccord, et de le faire dans la foi. J’ai moi-même des convictions assez claires sur ce qui n’est pas négociable lorsque je dépose mon bulletin de vote, sur les candidats auxquels je ne peux pas donner ma voix. Mais cela ne doit ni ne peut conditionner ce qui m’unit aux frères et sœurs que Dieu me donne et qui ne votent pas comme moi. Notre foi est bien plus grande que nos opinions !

Pierre-Alain Lejeune

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